Académie de Dijon - un peu d'histoire ...

Les origines

L’Académie de Dijon a été fondée par Hector-Bernard Pouffier, doyen du Parlement de Bourgogne. Dès la fin du XVIIe siècle de beaux esprits se réunissaient dans l’ancienne capitale des Ducs, comme dans d’autres villes de province, et projetaient de créer une « Académie des belles-lettres ». Mais il fallut attendre 1725 pour que le doyen Pouffier l’instaure1 et 1740 pour qu’elle reçoive du roi ses Lettres patentes pour trois « classes » de morale, physique et médecine2. En 1759 elle entreprendra sa fusion avec la Société littéraire fondée par Richard de Ruffey et deviendra l’Académie des sciences, arts et belles-lettres3.

Elle était très active et se distingua, ce qui n’étonnait pas Voltaire : « Dijon […] où le mérite de l’esprit semble être un des caractères des citoyens4. » Au-delà des réunions d’échanges entre érudits, l’Académie jouait un rôle universitaire, à la fois d’enseignement, pour pallier l’absence de faculté dans certaines disciplines, et de recherche. Ainsi Guyton de Morveau, l’inventeur de la nomenclature chimique actuelle, donnait-il des cours de chimie ; le Dr Maret, des cours de médecine ; Jean-François Durande, des cours de botanique épaulé par Buffon qui prononça en 1773 une célèbre communication sur « Les époques de la Nature5 ».

À l’Académie, on faisait des observations astronomiques et météorologiques, des manipulations de physique et d’autres expériences dont la fameuse navigation aérostatique de 1784. Quelques mois après l’envol de Pilâtre de Rozier et du marquis d’Arlandes, l’Académie lança en effet un ballon « habité ». Ce n’était pas seulement la répétition d’un exploit mais l’expérimentation de nouvelles techniques en vue, notamment, de diriger l’appareil. L’essai ne fut pas totalement concluant6.
Activité importante également, et méconnue, la traduction. En rapport avec des institutions de toute l’Europe, Dijon mettait en français des contributions scientifiques rédigées en latin, italien, anglais, allemand et suédois. Et, à l’inverse, traduisait dans ces langues les travaux du royaume et les diffusait. L’Europe des savants au siècle des Lumières était une réalité et des membres de l’Académie de Dijon y jouaient leur rôle.

Rousseau et le prix de l'Académie

L’Académie est entrée dans l’histoire en attribuant son prix annuel à Jean-Jacques Rousseau en 1750, pour son Discours7 répondant à la question « Si le rétablissement des sciences et des arts a contribué à épurer les mœurs ». Elle a révélé le citoyen de Genève au monde comme à lui-même dans ce qu’on appelle « l’illumination de Vincennes », ainsi qu’il le confie dans ses Confessions : « À l’instant de cette lecture [le sujet du prix], je vis un autre univers et je devins un autre homme8. » Rousseau concourra encore, mais sans obtenir de récompense, avec son bien plus célèbre Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes9. Jean-Jacques Rousseau a ainsi rédigé deux œuvres, dont une majeure, et rencontré la célébrité grâce, au moins pour partie, à l’Académie de Dijon.

Dissolution et renaissance

La Révolution allait, à Dijon comme ailleurs, entraîner la dissolution de l’Académie et la confiscation de ses biens. À partir du 14 prairial an VI, elle reprit progressivement ses activités et multiplia les catalogues de fleurs, cryptogames, insectes, poissons etc. Elle fut reconnue d’utilité publique par ordonnance du Roi du 22 octobre 183310.

La Commission des antiquités de la Côte-d’Or créée en son sein en 1819 puis dotée de l’autonomie entre 1831 et 1922, fut chargée de développer, suivre et publier les travaux sur la préhistoire et l’archéologie. Elle abandonna ce rôle en 1958 quand furent installées les directions des antiquités historiques et préhistoriques de Bourgogne dans les services du ministère de la Culture. Le riche musée archéologique, installé dans l’ancienne abbaye Saint-Bénigne, conserve ses collections.

L’Académie joua un rôle également important en matière d’ethnologie pour l’étude et la conservation des parlers locaux, des arts et des traditions populaires. Elle a contribué à la création du musée de la Vie bourguignonne installé dans un autre ancien établissement conventuel, Sainte-Anne.

Parmi les académiciens célèbres, on peut citer, entre beaucoup d’autres, Buffon, le président de Brosses, Alexis Piron, Gaspard Monge, Lazare Carnot, l’amiral Roussin, le maréchal Vaillant, Stephen Liégeard, Gaston Roupnel, Édouard Estaunié…

L' Académie aujourd'hui

Composition

L’Académie est une des trente-et-une académies de province réunies dans la Conférence nationale des Académies sous l’égide de l’Institut de France qui regroupe les cinq grandes académies parisiennes. L’Académie de Dijon est composée de membres résidants, de non résidants, de membres d’honneur, d’associés et de correspondants11.

Les résidants, au nombre maximum de cinquante, élus à la suite d’une procédure solennelle, prononcent un discours de réception, contribuent directement aux travaux académiques et bénéficient d’un éloge… le moment venu. Les non résidants, comme leur nom l’indique, n’habitent ordinairement pas à proximité de Dijon ou n’ont pas la disponibilité qui leur permettrait de participer régulièrement à la vie académique. Les associés, véritables amis de l’Académie, montrent par leur présence et les communications qu’ils proposent, leur intérêt pour les activités académiques. Certains pourront intégrer le cercle restreint des résidants. L’Académie souhaite évidemment, grâce à un nombre d’associés croissant, élargir son rayonnement. Les membres d’honneur sont des personnalités éminentes ou qui ont rendu des services exceptionnels. Enfin, des correspondants étrangers permettent des relations d’échange avec des institutions dans le monde entier.

Le corps académique, dans toutes ses composantes, est divers, avec une dominante d’universitaires et de conservateurs du patrimoine. Il compte quelques anciens hauts fonctionnaires et des magistrats, des médecins, des ingénieurs, des écrivains, des artistes etc.

Travaux

Quatre commissions structurent les travaux académiques : celle des antiquités et du patrimoine (dont l’archéologie, la numismatique, l’héraldique), celle des sciences (dont l’astronomie), celle des arts et lettres (dont la linguistique) et celle des sciences économiques et sociales. Chacune donne, une fois par mois en moyenne, des communications auxquelles le public est admis12.

L’Académie organise des rencontres et des colloques pour approfondir certains sujets. Ainsi en 2017, un colloque a été consacré à Guyton de Morveau  (1737-1816), grand chimiste dont s’est enorgueilli l’Europe comme disait Arthur Yong en 1789, ou encore Jules Legras, normalien germaniste devenu un des premiers professeurs de langues slaves en France ; des missions dans le cadre de l’alliance franco-russe, lui ont permis de rapporter récits et souvenirs aujourd’hui conservés à la Bibliothèque municipale de Dijon ; les actes de ces colloques ont été publiés aux Editions Universitaires de Dijon.

Publications

L’Académie publie ses Mémoires et les Mémoires de la Commission des antiquités de la Côte-d’Or qui reprennent ses plus importants travaux. Par la publication annuelle des Célébrations de Bourgogne, elle a entrepris, avec des partenaires culturels dont l’Association bourguignonne des sociétés savantes, la constitution progressive d’une mémoire régionale.

L’Académie décerne un prix annuel, remis lors de sa séance solennelle de rentrée. Le prix 2019 portait sur Les inégalités dans la société française au 21ème siècle et celui de 2020 a honoré notre doyen d’âge, Jean Richard, membre de l’Institut, élu en notre Compagnie en 1945, en lui offrant un volume de  Mélanges : De la Bourgogne à l’Orient .

L’Académie possède un patrimoine considérable, de nombreux ouvrages consultables à la Bibliothèque municipale de Dijon (arts et lettres), ou à la Bibliothèque universitaire (sciences), un important médaillier, des portraits et des œuvres d’art souvent déposées dans les musées de la ville.

 

Bibliographie

R. Tisserand, Au temps de l’Encyclopédie : l’Académie de Dijon de 1740 à 1793, Paris, 1936.

M. Lange, Histoire secrète de l’Académie de Dijon (de Richard de Ruffey), Paris, 1909.

Ph. Milsand, Notes et documents pour servir à l’histoire de l’Académie, Dijon, 1871.

M. Chauney-Bouillot, « L’Académie de Dijon, 1740-1990 : 250 ans pour demain » (catalogue de l’exposition de 1990), Mémoires de l’Académie t. 129, 1990, p. 95-118.

 

Les Mémoires de l’Académie sont consultables sur Gallica, la bibliothèque numérique de la Bibliothèque nationale de France.

Christian TAVERNIER
Président de l’Académie
Mars 2021

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1 La fondation de M. Pouffier, par testament olographe, date du 1er octobre 1725. Cf. Maret « Histoire de l’Académie des sciences, arts et belles lettres de Dijon », Mémoires de l’Académie de Dijon, tome premier, p. XI.

2 Elles furent enregistrées au Parlement de Dijon le 13 juin 1740. Cf. op. cit. supra, p. XIX.

3 Cf. op. cit. supra p. XXXI.

4 Voltaire, Des effets de la poésie sur le génie des langues, Discours de réception à l’Académie française du 9 mai 1746 pour son élection à la place laissée vacante par le président Bouhier.

5 Le 5 août. Cf. Buffon, Œuvres, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 2007, p. 1624.

6 Guyton-Morveau, Description de l’aérostate […] contenant le détail des procédés, la théorie des opérations, les dessins des machines & les procès-verbaux d’expérience, […], 224 p., Dijon, 1784.

7  Ce Discours a été publié en 1751 à Genève chez Barillot & fils.

8  Rousseau, Œuvres complètes, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 1959, t.1, p. 351.

9  Publié à Amsterdam chez Marc Michel Rey en 1755.

10  Bulletin des lois n° 266 du 12 novembre 1833, Imprimerie royale, p.480.

11 Les statuts, modifiés, de l’Académie de Dijon ont été approuvés par décret du 4 mai 1971.

12 Le programme est disponible sur le site de l’Académie.

13  Les publications peuvent être acquises en s’adressant au secrétariat de l’Académie.