LA PAROLE EST À...

Exposition Juliette Roche, l'insolite

Musée des Beaux Arts de Besançon - du 19/05/2021 au 19/09/2021

Véronique RICHARD

Membre titulaire de l’Académie de Mâcon
Docteur en Histoire de l’Art,
Auteur et conférencière

Le Musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon, premier bâtiment à vocation muséale publique de France, créé en 1694, dans une ancienne halle aux grains, a accueilli la première rétrospective de Juliette Roche (1884-1980), peintre et écrivaine méconnue. L’oeuvre de cette artiste ayant participé aux avant-garde artistiques les plus marquantes du XXe, n’a jamais été présentée hormis quelques tableaux à la Galerie Miroir de Montpellier en 1962. L’exposition débutait à la fin de la période de confinement, et nous avons eu la chance de pouvoir pénétrer dans les belles salles dédiées à Juliette Roche pour découvrir ses créations nous apparaissant comme un trésor enfin dévoilé. Juliette Roche, fille du Ministre Jules Roche, était mariée à Albert Gleizes, artiste et premier théoricien du cubisme, ami de Picasso et Braque, qui gagna très vite une certaine notoriété, ce ne fut pas le cas hélas de Juliette dont les travaux furent occultés.

Pourtant, nous comprenons vite que son oeuvre riche et variée, d’une grande qualité technique, aurait mérité d’être présentée dans les salons, puisqu’elle témoigne d’un langage plastique très abouti ayant évolué avec élégance de 1905 à 1970. Elle reflète la période nabis, puisqu’elle fut l’élève de Maurice Denis à l’Académie Ranson, puis cubiste au contact de son mari, enfin, décorative après la Grande Guerre, avant de s’épanouir dans les années vingt. Audacieuse, elle adopte une grande liberté de tons lorsqu’elle représente les jardins publics, les lieux de sport, la jeunesse, les rues en fête, les enfants, avec un intérêt marqué pour le thème des masques. La déclaration de guerre oblige le couple à gagner New York, où se trouvent déjà deux provocateurs, Duchamp et Picabia.


Pendant l’exil, elle réalise un chef d’oeuvre intitulé American picnic, inspiré de la Danse de Matisse, constituant une sorte de vision éclairée d’un Age d’or où toutes les ethnies seraient réunies. Nous sommes réellement impressionnés par cette toile de 3,17 X 4,70 m, pièce maitresse de l’exposition qui montre que l’artiste est préoccupée par les questions sociales de son époque. Après l’entrée en guerre des Etats Unis en 1917, le couple gagne Barcelone où se trouvent déjà Sonia Delaunay, Marie Laurencin, Valentine de Saint Point. Pendant cette période elle peint mais se consacre aussi à l’art décoratif, réalisant des panneaux de céramique et des illustrations dans le style cubiste en vogue. En 1927, le couple, encore choqué et meurtri par la guerre, et rêvant d’une communauté vivant dans la paix et l’harmonie, décide de fonder Moly-Sabata, une résidence d’artiste et des ateliers dont la vie s’organise loin de la folie du monde. Grâce à la générosité de Juliette Roche, ce lieu est toujours en activité sous l’égide de la Fondation Albert Gleizes.


L’exposition Juliette l’insolite, dont le commissariat scientifique a été confié à Christian Briend, conservateur au Centre Pompidou, administrateur de la Fondation Albert Gleizes, peut maintenant être visitée au Musée de l’Abbaye Sainte Croix aux Sables d’Olonne.