L'ÉCRITURE INCLUSIVE

« Ce monsieur et ces dames sont charmants. Ils admirent le jardin »

Une phrase simple et claire : sujet, verbe, adjectif, complément.

La voici traduite en écriture inclusive ou novlangue :

« Ce monsieur et ces dames sont charmant.e.s. Ils.Elles admirent le jardin ».

Tout ceci au nom de l’égalité des genres. Notre langue aurait donc été pervertie par la gent masculine dans le but d’en faire un instrument de pouvoir de l’homme sur la femme. Elle doit donc être féminisée par égalitarisme. Il ne s’agit en réalité que d’une égalité statistique puisqu’à chaque mot masculin devrait correspondre un mot féminin.

Mais les mots ne sont pas des personnes… Ce qui compte c’est l’égalité juridique, professionnelle, politique, culturelle.

A l’évidence ce sont des formes de graphies illisibles et inaudibles : que devient cette « pédanterie » dans les discours ? Un péril mortel annoncé par l’Académie française. Mortel pour ceux qui souffrent d’un handicap, donc une exclusion supplémentaire. Mortel pour l’apprentissage de la langue en France comme à l’étranger.

Le 24 septembre 2021, le ministre de l’Education nationale, M. Jean-Michel Blanquer en visite en Alsace,  a prôné l’apprentissage d’une deuxième langue, en l’occurrence l’allemand dès la maternelle, a encouragé les classes bilingues, vecteur de la mixité sociale et soutenu le maintien des échanges grâce à Erasmus.

La question est simple : comment apprendre une autre langue quand la langue vernaculaire n’est pas acquise ? 

Quelles sont les premières victimes ?

Nos enfants et les personnes atteintes d’un handicap.

Cette écriture entrave la lecture, détruit la concentration, enlaidit le texte, en un mot : elle est illisible.

Pour preuve, voici l’extrait d’un manuel scolaire du CE2, destiné à des élèves de 8 ans :

« Grâce aux agriculteur.rice.s, aux artisan.e.s ; et aux commerçant.e.s, la Gaule était un pays riche ».

Or selon les chiffres officiels, à l’arrivée en 6e, un élève sur quatre est illettré, incapable de lire un texte de 25 lignes et de le résumer en 5 lignes intelligibles.

Quel pourcentage après l’instauration de la novlangue ?

L’écriture inclusive doit être éradiquée de l’enseignement scolaire et universitaire tant elle est dénuée de toute logique grammaticale et provoque  une rupture entre l’écrit et l’oral.

Le 1er mai 2021, le ministre de l’Education nationale a pris position une fois encore : « La langue française ne doit pas être triturée ou abimée… Mettre des points au milieu des mots est un barrage à la transmission de notre langue pour tous ».

 

 

 

 

 

Une longue histoire

 

François 1er en 1539 par l’ordonnance de Villers-Cotterêts prévoit que « Tous les documents officiels soient prononcés, enregistrés et délivrés en langage maternel françois et non autrement ».

Sans doute faudrait-il donner la parole aux juristes et aux linguistes pour rappeler la place du français dans l’Histoire jusqu’au XXIe s. Mais tel n’est pas le sujet.   

 

En 1992, la révision constitutionnelle faisant suite à la signature du traité de Maastricht vient conférer une valeur constitutionnelle à notre langue.

En 2019, trois députés, Mme Anne-Laure Blin, MM. Julien Ravier et Patrick Hetzel ont proposé d’ajouter plusieurs articles à la Constitution de 1958, entre autres :

« Toute inscription ou annonce apposée ou faite sur la voie publique, dans un lieu ouvert au public ou dans un moyen de transport en commun et destinée à l’information du public doit être formulée en langue française telle qu’elle est codifiée par l’Académie française »…

« A compter de l’entrée en vigueur de la présente loi, l’utilisation de l’écriture dite inclusive est formellement interdite. ».

En 2017 et en 2019 : le premier ministre d’alors invite «  à ne pas faire usage de l’écriture inclusive et au respect du formalisme propre aux actes de nature juridique, les administrations relevant de l’Etat doivent se conformer aux règles grammaticales et syntaxiques »

Enfin une circulaire gouvernementale du 6 mai 2021 constate : « Malgré le droit positif et les déclarations officielles, force est de constater que certains partis politiques, enseignants, administrations, éditeurs, associations, entreprises, syndicats cèdent peu à peu, face à la pression des lobbys… à l’écriture inclusive qui prospère faute de réelle volonté politique de sauvegarder notre langue et de permettre à l’Académie française de se donner tous les moyens pour assurer la préservation et l’évolution de notre langue… ».

En effet, le Finistère, les villes de Lyon, Paris, Strasbourg ont basculé en écriture inclusive. Cette dernière semble à présent respecter l’injonction ministérielle après une intervention.  

 

Le 1er octobre 2021, M. le Chancelier Xavier Darcos, en ouverture au colloque consacré à « L’intérêt public » affirme, une fois encore : « Défendre la langue française c’est défendre l’intérêt public ».

Le constat est établi. Il serait temps d’induire une action forte contre cette perversion linguistique.

 

Faut-il considérer que la résistance soit perdue ?

Soulignons encore que sur le plan socio-politique, cet activisme grammatical est nocif pour le féminisme : « Quand on se soucie aussi peu des conditions sociales réelles des femmes, on n’œuvre pas à leurs droits, mais on relativise radicalement l’importance des situations concrètes.  Ce militantisme n’est donc pas d’un néo-féminisme, ni même à vrai dire un pseudo-féminisme, mais en réalité un antiféminisme qui dévalorise toutes les revendications tangibles et essentielles des femmes réellement opprimées ». (Jean Szlamowicz, figarovox.2019)

Contrairement à certains esprits chagrins qui affirment qu’il n’y a plus de contre-feux aux clichés bien-pensants,

Osons poser la question :

La Conférence nationale des Académies peut-elle, doit-elle… allumer l’un de ces contre-feux ?

Christiane Roederer.

Président honoraire de la CNA