Le Creusot - Montceau-les-Mines

Deux villes moyennes issues de la Révolution industrielle en quête d’une nouvelle dynamique

Marcel Sutet

 

Deux villes moyennes dont les populations respectives de 21887 et 18772 habitants (2015-INSEE) constituent depuis 1970 les deux pôles structurants d’une Communauté urbaine de trente- quatre communes qui rassemblent au total 93191 habitants (2016).

   Proches au plan géographique, ces deux villes sont situées au cœur du département de Saône et Loire, sur le gisement houiller de la dépression géomorphologique NE-SW qui relie la plaine de Saône au val de Loire, enclavée entre la bordure méridionale du Morvan au nord et la ligne plus douce des monts du Charolais au Sud.

   L’une et l’autre procèdent du développement de la grande industrie minière et métallurgique au XIXe-XXe siècles. Au cœur de deux grandes épopées industrielles pendant près de deux siècles, elles sont aujourd’hui confrontées aux défis des crises du charbon et de l’acier, et en quête depuis quelques décennies d’une nouvelle dynamique.

ORIGINES

Ces deux villes sont nées avec l’essor de la grande industrie fondée comme en Angleterre sur l’utilisation non plus du «  charbon de bois » mais du « charbon de terre » comme source d’énergie.

Deux établissements industriels d’avant-garde sont ainsi implantés fin XVIIIe siècle au lieu-dit ‘’Le Crozot’’, situé à une vingtaine de kilomètres au sud-est d’Autun, sur la ‘’charbonnière’’ de Montcenis exploitée par galeries depuis 1769, sur le modèle des mines de houille anglaises, par François de La Chaise, originaire de Montcenis, avocat à la Cour, subdélégué à l’Intendance de Bourgogne :

Première implantation, en 1782, par François Ignace de Wendel d’Hayange, capitaine au Corps royal d’artillerie, assisté de l’industriel anglais William Wilkinson, coresponsables des Forges et Chantiers de la Marine Royale d’Indret : une « fonderie à l’anglaise », dotée de quatre hauts-fourneaux, destinée à fournir de la ‘’ fonte au coke’’ de qualité pour la fabrication de canons de marine.

Deuxième implantation, en 1786 : une «  cristallerie à l’anglaise », fondée en 1782 à Sèvres-Saint Cloud près de Paris par Philippe Charles Lambert, originaire de Lauterbourg en Alsace et Barthélémy Boyer son associé originaire d’Autun ; transférée quatre ans plus tard sur la houillère de Montcenis, cette cristallerie doit permettre, selon Philippe Charles Lambert lui-même, de « produire en grand un cristal de qualité à même de concurrencer le cristal anglais ».

    La bonne marche de ces deux belles entreprises, érigées selon les canons mêmes de l’architecture classique, placées dès l’origine sous l’égide de la Royauté, est cependant vite entravée par les crises économiques et politiques de la fin de l’Ancien Régime, qui débouchent sur une longue période d’instabilité. Leurs premiers développements n’en entrainent pas moins l’érection du petit hameau du Crozot en commune en 1793.

    Au gré des circonstances et du temps, elles passent en d’autres mains, et deviennent entre 1808 et 1818 la propriété d’une grande famille d’affaires issue de la bourgeoisie marchande parisienne : la  famille Chagot.

    Sous l’impulsion de ses membres associés, seule la cristallerie connaît un développement remarquable : ses cristaux réputés pour leur pureté, la régularité de leur taille et leur éclat, exportés dans toute l’Europe, jusqu’en Orient et aux Amériques, lui valent de nombreuses distinctions officielles et un rayonnement international, dont peut déjà se prévaloir la petite ville du Creusot.

     Mais l’heure de l’acier pourtant toute proche n’est pas encore là ! Concurrence étrangère et crise économique de1830 contraignent les deux grandes entreprises creusotines engagées financièrement par d’importants investissements de modernisation à changer de mains une nouvelle fois.

   La cristallerie est cédée en 1833 aux cristalleries lorraines de Baccarat – Saint-Louis  momentanément associées pour en organiser le démantèlement afin de ne plus en avoir à craindre à l’avenir la redoutable concurrence.

Jules Chagot (1801-1877)

    La partie méridionale de la concession houillère de Montcenis-Le Creusot, située en bordure du canal du Centre, sert de base de repli à la famille Chagot. Après en avoir obtenu une délimitation officielle en 1832 sous la dénomination de Concession des Mines de Houille de Blanzy, Louis Jules Chagot (1), le benjamin de la famille, y fonde dès 1833 la première grande Compagnie des Mines de Houille de Blanzy. Sous son impulsion, celle-ci connaît un essor spectaculaire à l’origine d’une ville nouvelle : le petit hameau du Montceau, près de Blanzy, où quelques puits de mine ont d’ores et déjà été foncés depuis l’ouverture du canal du Centre et où se concentre très vite l’activité minière, est érigé en commune en 1856, soixante-trois ans après Le Creusot, sous la dénomination de Montceau-les-Mines.

2. Eugène I° Schneider 1805-1875 (archives Schneider)

    Quant aux établissements métallurgiques, antérieurement cédés pour partie à deux industriels anglais Mamby et Wilson, ils font également faillite en 1833 ; et deviennent en 1836 la propriété d’Adolphe et d’Eugène Schneider (2), deux frères issus d’une famille bourgeoise d’origine terrienne de l’Est de la France, figure de proue d’une prestigieuse dynastie de grands capitaines d’industrie appelés dès lors à présider jusqu’au milieu du XXe siècle au développement des établissements industriels et de la ville du Creusot.

DEUX VILLES AU CŒUR DE DEUX GRANDES ÉPOPÉES INDUSTRIELLES

Deux villes à croissance démographique spectaculaire

     Alors que les mines de houille de Blanzy se hissent rapidement à la quatrième place des producteurs de houille en France, après celles d’Anzin, Lens et Courrières, la cité montcellienne qui ne compte qu’environ 300 âmes vers1830, et ne regroupe encore que 2300 habitants en 1856 lors de son érection en commune, en rassemble près de 29 000 à la fin du siècle ; niveau relativement maintenu jusque dans les années 1960, à partir desquelles la population commence à décliner pour tomber aujourd’hui autour de 18 000 habitants.

     Suite au développement spectaculaire des Usines Schneider qui deviennent en une trentaine d’années la première entreprise métallurgique de France, et pendant près d’un siècle et demi l’un des complexes industriels parmi les plus prestigieux du monde, la petite commune du Creusot, qui compte environ 2500 habitants vers 1830, en rassemble 32 000 à la fin du siècle ; avant de connaître son point d’orgue au lendemain de la première guerre mondiale avec plus de 38 000 habitants. Tombée à 24 000 habitants au lendemain de la seconde guerre mondiale, la population creusotine s’accroît à nouveau par la suite pour atteindre 34 000 habitants à la fin des années 1960, avant d’amorcer un déclin sensible à partir des années 1980, et ne plus compter aujourd’hui qu’un peu plus de 20 000 habitants.

Deux villes au tissu urbain original et différent

     Deux villes où émerge et se concentre rapidement un monde nouveau composé de travailleurs essentiellement salariés, passés en quelques décennies « du terroir à l’usine », où ils peuvent trouver, en dépit de salaires relativement modestes, de meilleures conditions de vie et une plus grande sécurité .- Un monde à l’origine de mineurs et de forgerons issus dans un premier temps des campagnes environnantes du Morvan et du Charolais, plus rarement de régions un peu plus lointaines de Bourgogne, Franche-Comté…voire du Nord. Un monde qui s’ouvre dès la fin du XIXe siècle aux travailleurs étrangers : Chinois avant 1914 ; Belges pendant la première guerre mondiale ; Polonais et Espagnols entre les deux guerres ; Italiens, Marocains, Turcs…après la seconde guerre mondiale.

      Ces travailleurs étrangers représentent aujourd’hui une part notable des populations des deux villes : entre 10% pour Montceau-les-Mines et près de 20% pour Le Creusot. Ils constituent parfois d’importantes communautés à l’instar de la communauté polonaise dans le bassin minier montcellien, qui conserve encore de nos jours une identité forte en dépit d’un processus d’intégration particulièrement réussi.

       Un monde du travail nouveau dont les membres et les familles sont pris en charge « du berceau à la tombe » dès l’origine par les deux grandes entreprises minières et métallurgiques.- Pour fixer la main d’œuvre indispensable à leur développement, avant même la mise en place de politiques publiques en matière de logement et d’urbanisme, de santé, d’instruction et de formation, d’aides sociales diverses, celles-ci tentent de pourvoir à tous ces besoins sociaux dans le cadre d’une stratégie entrepreneuriale paternaliste inspirée des préconisations des principaux ‘’Réformateurs sociaux’’ de l’époque tels Frédéric Le Play, Albert de Mun, Emile Cheysson.

      Ainsi prennent-elles en charge la construction de logements, ou de préférence en favorisent-elles la construction par un dispositif d’aides facilitant l’accession à la propriété.- Les normes imposées par leurs Services d’architecture confèrent au paysage urbain un caractère spécifique : petites maisons basses à 1 ou 2 logements, voire à 1 étage et 4 logements, avec jardin, fosse d’aisance et dépendances pour les ouvriers ; pavillons ou villas pour les cadres et les ingénieurs.- Toutes ces maisons identiques regroupées en cités ou alignées en bordure de route confèrent au paysage urbain un caractère original, qui tend aujourd’hui à s’estomper du fait de l’emprise croissante depuis la dernière guerre mondiale de constructions plus récentes édifiées selon les canons de l’architecture moderne.

      De même prennent-elles en charge la construction de tous les édifices à caractère collectif ou social :- mairies, dont l’exécutif est confié pendant de longues années au Creusot comme à Montceau-les-Mines aux gérants des deux grandes entreprises ;- maternités, maisons de retraite ; -dispensaires et hôpitaux, tels l’Hôtel-Dieu au Creusot ou l’Hôpital des Mines à Montceau, pour subvenir aux besoins en cas de maladies ou d’accidents.- Accidents particulièrement nombreux et graves dans les mines : plus de 200 victimes sans compter les blessés entre 1850 et 1900 dans le bassin minier montcellien, dont 87 lors de la catastrophe du puits Cinq- Sous en 1867 ; 20 morts encore et de nombreux blessés lors du ‘’coup de poussier’’ au puits Plichon le 16 janvier 1958.

       Dernier levier pour intégrer ce nouveau monde du travail à son nouvel univers industriel, les Chagot comme les Schneider – mais plus encore les Schneider compte tenu des exigences plus fortes de leurs activités en terme de qualification – ont mis en place dès l’origine tout un ensemble d’écoles à même d’assurer l’instruction élémentaire et l’éducation, mais aussi la formation professionnelle, de l’apprentissage aux plus hauts niveaux de qualification : niveaux Arts et Métiers, Centrale et Polytechnique. – En ouvrant par ce biais plus largement l’avenir aux jeunes générations tout en leur inculquant un fort esprit d’entreprise, les Schneider ont certainement su se les attacher plus durablement que les Chagot, qui n’ont pu se maintenir à la tête des Houillères de Blanzy au-delà de 1900. – A la différence de leurs homologues du Creusot, ceux-ci n’ont pu faire face à l’emprise rapide des idées socialistes sur le monde ouvrier et à la pression croissante du mouvement syndical, où se manifeste de manière parfois violente comme dans les années 1880 une mouvance anarchisante et anticléricale active. Le dogme de la ‘’lutte des classes’’, antinomique avec les principes mêmes du ‘’paternalisme’’ visant au maintien de la ‘’paix sociale’’ fondée sur la solidarité d’intérêts entre capital et travail, patrons et ouvriers, s’impose dans les faits dès 1900 à Montceau-les-Mines avec l’éviction définitive de la dynastie patronale des Chagot.

      Tous ces éléments s’inscrivent dans un espace urbain dont l’extension s’opère en relation étroite, mais selon des modalités différentes, avec l’extension même de l’espace industriel.

3. Le Creusot, un paysage industriel et urbain où usines, cités et faubourgs incrustés dans la nature sont étroitement associés (cl. G. Gambier. La Taillandière)[/caption]

       Ainsi la ville du Creusot (3) offre-t-elle un paysage où usines, cités et faubourgs – lieux de vie et de travail – sont étroitement associés. Ce qui explique les effets dévastateurs des deux bombardements d’octobre 1942 et juin 1943, lors de la dernière guerre mondiale. La ville s’est développée en corrélation étroite avec l’extension de l’espace industriel, depuis la ‘’ Plaine des Riaux’’ située au Nord en direction notamment du Sud-Est après 1860, pour constituer au final un ensemble industriel et urbain assez compact, tout autour d’un noyau central surélevé où se trouve implantée l’ancienne cristallerie devenue Château de la Verrerie, ancienne résidence patronale des Schneider, siège aujourd’hui de la Communauté Urbaine Le Creusot – Montceau-les-Mines.

  4. Montceau les Mines un paysage industriel et urbain qui s’étire le long de deux grands axes de communication canal du Centre ouvert en 1793 et voie ferrée Chagny-Mo (002)[/caption]

      Montceau-les-Mines (4), la plus jeune ville du département, s’étire quant à elle sur près de 7 km entre Blanzy et Ciry-le-Noble, le long du canal du Centre mis en service en 1793, et de la voie ferrée Chagny-Moulins ouverte en 1867. – La dispersion des travaux de mine dans l’espace lui confère une morphologie urbaine plus ouverte, éclatée en un archipel de cités : la plupart des cités ouvrières étant implantées au plus près des puits d’extraction aujourd’hui disparus. – La cohésion en est néanmoins sauvegardée par la création dès 1850 sur la rive gauche océane du canal (la rive droite étant réservée à l’emprise des houillères) d’un centre urbain tracé au cordeau, structuré autour d’une rue principale d’un kilomètre de long avec rues adjacentes perpendiculaires ; véritable cœur administratif, commercial, culturel et religieux de la ville.

DEUX VILLES EN QUÊTE DEPUIS UN DEMI SIECLE D’UNE NOUVELLE DYNAMIQUE

      Le Creusot – Montceau-les-Mines connaissent depuis un demi-siècle des heures difficiles : la première confrontée à la faillite de ses établissements métallurgiques en 1984 ; la seconde à la fermeture définitive de ses houillères en l’an 2000.

       Cinq préoccupations majeures sous-tendent leurs actions engagées pour retrouver une nouvelle dynamique.

1er. Point : Le développement d’un tissu industriel renouvelé et plus diversifié pour redynamiser l’emploi.

         Le bilan de la restructuration industrielle des deux villes s’avère aujourd’hui plus favorable à l’ancienne cité du cristal et de l’acier qu’à l’ancienne cité du charbon : la première d’entre elles disposant d’un héritage d’activités antérieures plus diversifiées et de réserves en ressources humaines plus qualifiées.

         Ainsi les premières entreprises établies dès les années 1960 sur le bassin minier dans le cadre du Plan de reconversion des Charbonnages de France : Potain-Poclain en 1968, ou Michelin en 1969, n’ont guère vu s’adjoindre à elles par la suite d’autres entreprises ; hormis la construction en 1971 d’une centrale électrique de troisième génération : Lucy III, fonctionnant aujourd’hui au gaz naturel et non plus au charbon, et qui s’impose dans le paysage par sa haute cheminée et sa tour de réfrigération originale en forme de ‘’diabolo’’.

         Par contre au Creusot, après la faillite de Creusot-Loire en 1984, de nouvelles entreprises se sont développées en plus grand nombre :

  • Les unes issues directement des principales branches d’activité des anciens établissements métallurgiques, reprises par des groupes industriels français ou étrangers : tel Arcelor-Mittal spécialisé dans les aciers spéciaux ; ou encore Alstom, qui produit aujourd’hui les ‘’boggies’’ de TGV ; tel enfin le Commissariat à l’Energie Atomique, qui a repris la branche énergie représentée par Framatome-Areva.
  • Les autres implantées dans le cadre du Technopôle industriel institué par l’Etat en 1988 : telle la SNECMA, devenue depuis 2016 un filiale du groupe international Safran Aircraft Engines spécialisé dans la production de moteurs pour l’aéronautique et l’espace (satellites) ; telle encore la société Thermodyn, filiale française du groupe américain General Electric, dont les productions : turbines à vapeur, compresseurs centrifuges…sont destinées aux grandes compagnies pétrolières et gazières, ou bien tournées vers les énergies renouvelables : biomasse, solaire… ; ou bien encore quelques autres entreprises telles Pelican-Venture ou BSE Electronic…toutes spécialisées dans des activités à technologie d’avant-garde : systèmes automatisés, robotique, conception et fabrication de cartes et d’équipements électroniques au service notamment du médical.

Toutes ces entreprises, souvent à la pointe de la recherche et du développement, continuent à faire du Creusot un haut lieu de l’innovation et de l’excellence.

2° point : L’amélioration des liaisons routières et ferroviaires pour favoriser le désenclavement géographique.

           Ainsi les deux villes ont prêté un intérêt particulier à l’ouverture de la ligne TGV Sud-Est, et à l’implantation de la gare de Montchanin, à 5km du Creusot et 8km de Montceau-les Mines, qui les met l’une et l’autre depuis 1981 à moins de 1h30 de Paris et 30’ de Lyon ; et prêtent-elles encore aujourd’hui une attention particulière à la mise à 2×2 voies de la grande transversale routière Centre Europe Atlantique, reliée à 30 km plus à l’Est à l’autoroute A6 près de Chalon-sur-Saône.- Une desserte routière, dont le trafic de plus en plus intense pourrait être délesté à l’avenir par l’ouverture d’une nouvelle ligne ferroviaire à même de remplacer l’ancienne en partie désaffectée aujourd’hui.

3° point : La mise en place de nouveaux établissements d’enseignement et de formation.

             De nouveaux établissements, qui pérennisent le souvenir des Ecoles Schneider, font aujourd’hui du Creusot le deuxième pôle universitaire de Bourgogne après Dijon. Ils comportent :

  • Un I.U.T. créé en 1975, qui dispense un enseignement à caractère scientifique en liaison étroite avec les besoins nouveaux des entreprises : Mesures physiques, Génie mécanique et Productique, Génie électrique et Informatique… A cet I.U.T. se trouve adjoint un Institut de Formation aux Techniques Supérieures du Soudage.
  • Un Centre Universitaire : le Centre Universitaire Condorcet, rattaché à l’Université de Bourgogne à Dijon.
  • Un Centre d’Archives et de Recherches : l’Académie François Bourdon, en charge de la sauvegarde et de la mise à disposition des chercheurs d’un fond exceptionnel d’archives industrielles provenant de l’ancienne entreprise Schneider et de ses filiales, telles Schneider Electric, Merlin- Gerin, Télémécanique ou Framatome.

 

4° point : L’amélioration du cadre de vie des populations tant au niveau du logement que du développement urbain.

         Quartiers réhabilités, lotissements nouveaux conçus sur le modèle contemporain des logements collectifs introduisent une note architecturale nouvelle dans le paysage urbain. Celui-ci n’en conserve pas moins amplement encore aujourd’hui son identité traditionnelle représentée par la petite maison basse avec jardin, ouverte sur la nature.

          A Montceau-les-Mines comme au Creusot, les friches industrielles ont progressivement fait place à de nouveaux espaces aménagés en ‘’campus universitaire’’, en espaces naturels d’agrément, de détente et de loisirs

           En périphérie urbaine, l’aménagement des plans d’eau affectés à l’alimentation du canal du Centre, ainsi que l’aménagement du Parc des Combes au Creusot, contribuent à améliorer le cadre de vie des populations des deux villes tout en développant leurs atouts touristiques.

5° point : La valorisation de leur patrimoine.

           Un patrimoine composé tout d’abord d’une importante statuaire publique chargée d’histoire.

 
5.Statue de Jules Chagot érigée en 1891aujourd’hui disparue (archives des Houillères)
 

         Alors que Montceau-les-Mines n’a pas su conserver la belle statue en bronze érigée en 1891 à la mémoire de Jules Chagot et du monde de la mine (5), due au célèbre sculpteur parisien Léopold Steiner, Le Creusot arbore encore aujourd’hui en bonne place celles des quatre maîtres de forge qui se sont succédés de père en fils de 1836 à 1960 à la tête des établissements métallurgiques : Eugène Ier, Henri, Eugène II, et Charles Schneider. Quatre œuvres d’art monumentales dues à quatre sculpteurs réputés : Henri Chapu, Emile Peynot, Paul Landowsky, et Paul Lagriffoul.

        Parmi les édifices civils ou religieux, certains présentent un intérêt patrimonial particulier :

  • Notamment les églises dont la crypte abrite les nécropoles des deux grandes dynasties patronales : l’église Notre Dame à Montceau-les Mines, l’église Saint Charles au Creusot.
  • Ou encore la belle église Saint Henri au Creusot, construite en 1883 dans le style néogothique, dont les clochers jumeaux ponctuent le paysage urbain de leurs deux grandes flèches ; et qui recèle un joyau patrimonial assez exceptionnel : le chevet plat comporte une grande verrière due au maître-verrier chalonnais Joseph Besnard, où Henri Schneider et son épouse entourés de leurs enfants sont représentés respectivement sous les traits de Saint Eloi, patron des forgerons, et de Sainte Barbe, patronne des mineurs (6). Représentation haute en couleurs où se manifeste la préoccupation patronale toute paternaliste de pourvoir à l’éducation morale et religieuse du nouveau monde ouvrier en lui rappelant le rôle primordial de la famille.
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6. Henri Schneider et son épouse revêtus des attributs de St Eloi et de Ste Barbe (Grande verrière de l’église Saint Henri1883 – archives Schneider)[/caption]

  • De même les Hôtels de Ville, qui introduisent dans le paysage urbain une certaine monumentalité. Edifices construits dans le style néoclassique, avec toitures en ardoises surmontées d’un campanile, à l’initiative des gérants des établissements industriels engagés dès l’origine dans la vie politique tant locale que nationale. Hauts lieux de rassemblement des travailleurs lors des grèves, telle celle de 1870 au Creusot, où lors de la Commune le drapeau rouge flotte pendant trois jours en haut du campanile de l’Hôtel de Ville ; ou encore lors des grèves de 1899 et 1901 à Montceau-les-Mines, où se déroule l’une des grèves les plus longues du mouvement ouvrier français : 106 jours de grève, au cours desquels l’on voit s’instaurer les ‘’soupes populaires’’, ponctués de rassemblements mobilisateurs place de l’Hôtel de Ville et de défilés rituels chaque dimanche dans les rues de la ville, où manifestent séparément en cortèges imposants hommes de la mine et femmes de mineurs .

         Enfin, derniers témoins des grandes heures du passé : les monuments à caractère industriel devenus parfois musées.

           Côté Montceau-les-Mines : – l’ancienne villa de l’Ingénieur en chef des Houillères, à proximité des bâtiments de la Direction Centrale, quai Jules Chagot, devenue Musée des Fossiles ; – ou encore le dernier chevalement métallique du bassin minier datant de 1916, implanté sur le site de l’ancien puits Saint Claude à Blanzy fermé en 1882, qui sert aujourd’hui d’enseigne emblématique au Musée de la Mine et des Hommes, ou se trouvent évoqués l’univers de travail et la vie des mineurs de l’ancien ‘’Pays Noir’’.

7. Le chateau de la Verrerie sous le règne d’Eugène II Schneider 1898-1942 (archives Schneider)

             Côté Creusot : – le Marteau-pilon de 100 tonnes construit en 1976 dans le droit fil du marteau-pilon inventé en 1842 par François Bourdon alors Ingénieur en chef des Etablissements Schneider, originaire de Saint Laurent-les-Mâcon. Implanté aujourd’hui à l’entrée Est de la ville, il est devenu le monument-symbole de la suprématie technique et industrielle passée du Creusot. – Ou encore les anciens bâtiments de la cristallerie devenus résidence patronale et Château de la Verrerie sous les Schneider (7) : un très bel ensemble architectural de style classique, ouvert au Nord sur une vaste Cour d’honneur, où se dressent, de part et d’autre du pavillon d’entrée, les deux anciens fours de forme conique toute britannique de l’ancienne cristallerie royale ; fours à cristal transformés au début du XXe siècle , l’un en chapelle décorée sur sa coupole de fresques rayonnantes célébrant alternativement Vertus théologales et Vertus morales ; l’autre en un merveilleux petit théâtre destiné au divertissement des hôtes de marque de passage : princes, rois, délégations militaires, chefs d’Etat-Major, chefs de Gouvernement, chefs d’Etat du monde entier venus rendre visite aux princes de l’acier.- Devenu propriété de la ville en 1970, le Château de la Verrerie abrite depuis lors le siège de la Communauté Urbaine Le Creusot – Montceau-les Mines ; l’Ecomusée, dont le Musée de l’Homme et de l’Industrie , destiné à préserver la mémoire industrielle et sociale de la Communauté ; et dans l’une de ses dépendances, le Pavillon de l’Industrie consacré à la préservation de la mémoire de la grande aventure technique et industrielle du Creusot. Inscrit à l’Inventaire supplémentaire des Monuments Historiques depuis 1948, classé Monument Historique en 1984 pour ses façades et toitures, sa chapelle et son petit théâtre, le Château de la Verrerie représente aujourd’hui un atout touristique exceptionnel dans le cadre notamment du tourisme patrimonial industriel.

               Tous ces éléments représentent un actif mémoriel précieux pour ces deux villes à même de pérenniser le souvenir des deux grandes épopées industrielles françaises qui ont profondément marqué leur histoire.

                 Certes, ni Le Creusot ni Montceau-les-Mines ne renvoient aujourd’hui aux descriptions rapportées par les deux jeunes lorrains André et Julien dans l’ouvrage d’Augustine Fouillée : ‘’Le tour de France par deux enfants’’ publié en 1877 sous le pseudonyme de G.Bruno, ou encore à celles consignées par Guy de Maupassant dans le texte ‘’Au Creusot’’ publié en 1888 dans le recueil de voyages ‘’Au Soleil’’. – Chevalements de mine, hauts-fourneaux rougeoyant dans la nuit, grandes cheminées et fumées noires ont disparu…

              Loin désormais des images d’un passé révolu, les deux villes, associées depuis quelques décennies au sein d’une des toute premières communautés d’agglomération mises en place sur le territoire national, tentent de conjuguer au mieux leurs efforts pour relever le double défi auquel l’une et l’autre se trouvent confrontées : celui d’une reconversion industrielle radicale, et celui d’une adaptation désormais indispensable aux contraintes nouvelles de la mondialisation.

           Grâce aux efforts déployés, elles ont pu retrouver une nouvelle dynamique, qui leur a permis sans aucun doute de limiter leur déclin démographique, et de contenir leur taux de chômage (aux environs de 9,2% aujourd’hui pour l’une comme pour l’autre). Une nouvelle dynamique ancrée sur la reconstitution, au Creusot certes plus qu’à Montceau les mines, d’un tissu industriel plus diversifié, en lien avec le développement des technologies nouvelles et souvent à la pointe de l’innovation. Et s’il subsiste aujourd’hui encore entre les deux villes un écart en termes de richesse induite, attesté par un différentiel de l’ordre de 25% du revenu médian annuel de leurs ménages, celui-ci trouve sa source pour l’essentiel dans leurs antécédents  industriels : l’ancienne cité de l’acier ayant toujours disposé d’un collectif en ressources humaines plus qualifié que l’ancienne cité minière.

           L’agglomération LE Creusot-Montceau les Mines continue ainsi à tenir une place importante et singulière au sein des villes moyennes du territoire national. Les deux villes représentent non  seulement un duo urbain au passé industriel prestigieux, mais aussi un nouveau pôle de développement concerté, ancré sur un tissu d’activités industrielles renouvelées ; dont l’identité territoriale par ailleurs reste fondée sur une alliance historique forte entre l’urbain et le rural. Un lien précieux, source de cohésion territoriale et sociale, de qualité de vie aujourd’hui ; qui  justifie la place irremplaçable des villes moyennes dans le tissu urbain des territoires.

                                                                                                         Marcel SUTET

N.B. : Professeur agrégé honoraire, M.Sutet est l’auteur de plusieurs études sur ces deux villes : Montceau- les- Mines : Essor d’une mine, Naissance d’une ville, ed. Horvath, 1981.  /   Le Creusot-Montceau les Mines autrefois : Du Terroir à l’Usine (en collaboration avec JP. Brésillon), ed. Horvath, 1983.  /  La Communauté urbaine Le Creusot-Montceau les Mines ; cf. La Saône et Loire, ed. La Taillanderie, 1989.  /  Jules Chagot, Fondateur-gérant de la Compagnie des mines de houille de Blanzy –  Léonce Chagot, Directeur-gérant de la Compagnie des mines de houille de Blanzy –  François Bourdon, Ingénieur en chef des ateliers Schneider au Creusot – Alfred Pierrot-Deseilligny, Directeur des établissements Schneider au Creusot : cf. Les Patrons du Second Empire (IHMC-CNRS), ed. Picard/Cenomane, 1991.  /   La Cristallerie royale et impériale du Creusot, 1782-1833, Ed. Universitaires de Dijon, 2017.

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