Mastère ou Master ? Le pass ou passe sanitaire ?

Christiane Roederer

Président d'honneur de la CNA

La défense de la langue française a une légitimité irréfutable pour les raisons déjà exprimées dans l’article sur l’écriture inclusive, plus précisément sur le point médian. A « La Grande Librairie » du 26 janvier 2022, il a été présenté comme une « expérience intéressante » par Aurore Vincenti, linguiste, et journaliste. («Les mots du bitume », petit dictionnaire des mots des rues, de Rabelais aux rappeurs, Ed. Le Robert, 2021).  

Le point médian qualifié « d’expérience intéressante » est donc réservé à ceux et à celles qui ont intégré les bases de la langue ; en conséquence sont exclus de cette « expérience » les enfants, les handicapés, les étrangers.  

La réponse de l’académicien Erick Orsenna : « Je suis pour une langue simple et claire » sous-entendu un critère incompatible avec le point médian, responsable d’un texte illisible et inaudible.

Dont acte. 

 Une autre question se pose à propos des anglicismes.

La prédominance de l’anglais, langue officielle pour 53 pays soit 400 millions de locuteurs dans le monde a plusieurs origines : la colonisation britannique, la prédominance de l’économie américaine, la primauté dans le secteur des affaires ; et 94 pays du fait de leur adhésion à des organisations internationales.  

L’apprentissage de la langue anglaise est-il plus simple que celui du français ?

Force est de le constater. C’est une langue hybride composée d’éléments linguistiques (latin, germaniques, romans) ; son universalité est due aussi à sa flexibilité, à son adaptation aux pays, à sa liberté d’expression orale, à la perpétuelle évolution du vocabulaire facile à assimiler.

Or l’évolution linguistique joue un rôle majeur dans le destin des peuples.

Nous sommes loin de la langue de Shakespeare…

Une expérience faite en 2021 auprès de jeunes universitaires américains est révélatrice : la compréhension de quelques poèmes de John Keats (1795-1821) fut difficile essentiellement en raison de la carence du vocabulaire dont souffre également le français. Sans doute est-il inutile de revenir aux causes de cet « appauvrissement » largement argumenté.  

A l’évidence, l’utilisation de mots anglais dans le langage vernaculaire français entraîne la disparition de mots usuels et  impose une modification de l’orthographe.  

Deux exemples récents : Master et Mastère, pass et passe vaccinal.

 Master /Mastère

Dans le cursus universitaire : le mastère, origine le magistère, celui qui enseigne (Bac + 5) et la maîtrise (Bac +2) terme de l’Académie française. 

Master est utilisé au niveau national par le Ministère de tutelle depuis la réforme LMD et sanctionne des études de niveau Bac+5.

Le Mastère reste utilisé de manière individuelle et restreinte avec une signification identique. Le Mastère est l’apanage des grandes écoles qui n’est pas reconnu comme un diplôme mais un label des grandes écoles de commerce et d’ingénieur dans l’acquisition d’une compétence professionnelle complémentaire à la formation initiale.

Maîtrise est utilisé uniquement pour des diplômes à régimes spéciaux (maîtrise de méthodes informatiques appliquées à la gestion (MIAGE) ou maîtrise de sciences de gestion (MSG) par exemple).

Il faut remarquer que les deux termes, Master et Mastère, sont précisés par une spécialisation : arts, sciences (aussi bien en français qu’en anglais). MSC, MBA

Sans doute est-il trop tard pour s’opposer à l’emploi des deux mots qui ont un sens précis.

Le Passe/Pass

Les deux termes se retrouvent sur le site des vaccins.

Pourquoi renoncer au terme français ?

S’agit-il d’une question d’espace, de simplification, d’indifférence ou d’inculture ? 

« Le Passe » a droit de cité dans la langue depuis le XIVe s. notamment pour ce qui concerne les jeux de société.

Amputer un mot c’est aussi amputer une mémoire étymologique et culturelle ou renoncer, une fois encore,  au plaisir de découvrir l’Histoire de notre société.

Christiane Roederer